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	<title>Altermondes &#187; Altermondes</title>
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		<title>Au revoir</title>
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		<pubDate>Fri, 20 May 2016 06:00:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[David Eloy]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p>Chères et Chers abonné/es et lecteurs/trices d’Altermondes, La nouvelle est tombée au moment où nous imprimons ce numéro : après onze ans d’existence, nous nous voyons obligés de mettre un terme à l’activité d’Altermondes. Vous êtes aujourd’hui près de 3000 abonnés, et nous vous remercions infiniment de votre fidélité et de votre engagement. Comme vous [&#8230;]</p>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Chères et Chers abonné/es et lecteurs/trices d’<em>Altermondes</em>,</p>
<p>La nouvelle est tombée au moment où nous imprimons ce numéro : après onze ans d’existence, nous nous voyons obligés de mettre un terme à l’activité d’Altermondes. Vous êtes aujourd’hui près de 3000 abonnés, et nous vous remercions infiniment de votre fidélité et de votre engagement.</p>
<p>Comme vous le lirez dans la tribune <a href="/altermondes-en-difficulte/">Altermondes en difficulté</a>, <em>Altermondes</em> connaît depuis quelques mois de très sérieuses difficultés financières.</p>
<p>M<span style="line-height: 1.5;">algré l’investissement de l’équipe salariée et des sociétaires de la coopérative qui l’édite, malgré l’implication et le professionnalisme, également, de ses partenaires et collaborateurs, <em>Altermondes</em> n’a pas réussi à stabiliser son modèle économique. </span></p>
<p><span style="line-height: 1.5;">Jusqu’au bout, nous avons démarché des investisseurs pour relancer notre média. Mais, en l’absence de réponse positive, les sociétaires, réunis en Assemblée générale le 9 mai, ont dû acter le dépôt de bilan, qui devrait conduire à la liquidation de la coopérative dans les prochaines semaines. </span></p>
<p><span style="line-height: 1.5;">C’est avec beaucoup de tristesse que nous vous écrivons aujourd’hui. Nous savons que vous êtes attachés au projet éditorial et politique que porte <em>Altermondes</em>. Nous sommes particulièrement désolés d’apprendre cette nouvelle aux personnes qui ont contribué à l’appel à financement participatif fin 2015, et qui n’auront pas le temps de découvrir toutes les richesses que recèle <em>Altermondes</em>, sa revue et son site. </span></p>
<p><span style="line-height: 1.5;">Les témoignages de soutien que nous commençons à recevoir nous disent qu’<em>Altermondes</em> est un média engagé aussi unique que nécessaire dans le paysage médiatique francophone. </span></p>
<p><span style="line-height: 1.5;">Un espoir demeure : qu’un repreneur, ou collectif de repreneurs, se déclare auprès du Tribunal de commerce, pour faire perdurer cette aventure éditoriale et citoyenne. Si c’est le cas, vous en serez évidemment tenus informés rapidement. </span></p>
<p><span style="line-height: 1.5;">Au nom de l’équipe et des sociétaires d’<em>Altermondes</em>, je vous remercie pour votre compréhension, et reste à votre disposition pour répondre à vos questions sur altermondes[at]altermondes.org </span></p>
<p><span style="line-height: 1.5;">Avec mes plus sincères salutations, </span></p>
<p><span style="line-height: 1.5;">David Eloy<br />
Directeur général d’<em>Altermondes</em></span></p>
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		<title>Altermondes en difficulté</title>
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		<pubDate>Fri, 20 May 2016 06:00:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[David Eloy]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p>La presse traverse une crise sans précédent qui n’épargne pas les médias alternatifs et engagés. Après les récentes disparitions d’Alternatives internationales et de Terra Eco, c’est aujourd’hui Altermondes qui est menacé. Le 29 mars 2014, Altermondes se réinvente. L’association qui l’édite depuis 2005 se transforme en société coopérative d’intérêt collectif (Scic), la première du genre [&#8230;]</p>
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				<content:encoded><![CDATA[<p class="GreyBG">La presse traverse une crise sans précédent qui n’épargne pas les médias alternatifs et engagés. Après les récentes disparitions d’<em>Alternatives internationales</em> et de <em>Terra Eco</em>, c’est aujourd’hui <em>Altermondes</em> qui est menacé.</p>
<p>Le 29 mars 2014, <em>Altermondes</em> se réinvente. L’association qui l’édite depuis 2005 se transforme en société coopérative d’intérêt collectif (Scic), la première du genre dans le secteur de la presse. Six mois plus tard, est lancé le « nouvel » <em>Altermondes</em>, incarné par le numéro 39 et son dossier sur le thème « S’engager, est-ce vraiment dépassé ? », une nouvelle formule et une nouvelle maquette pour une revue dorénavant vendue en kiosque. <em>Altermondes</em> lance aussi son site d’information, proposant des contenus multimédias riches et originaux. L’objectif visé par le bimédia : élargir son lectorat. Deux ans plus tard, où en est-on ?</p>
<h6>Des résultats insuffisants</h6>
<p>À la clôture du premier exercice comptable, ﬁn 2015, la coopérative enregistre un résultat déﬁcitaire de 281 831 euros qui met en péril la survie du projet dans son inté gralité. Le modèle économique, adopté en 2014 pour la relance et basé sur une hausse forte et rapide des abonnements et des ventes, à la suite du passage en Scic et de la diffusion en kiosque, n’a pas eu les résultats escomptés. Au regard du budget prévisionnel, les dépenses ont été maîtrisées. En revanche, le développement s’est avéré être beaucoup moins rapide que prévu. Le rythme de croissance des abonnements était surestimé et la vente en kiosque, un échec. <em>Altermondes</em> a quasiment doublé son nombre de lectrices et lecteurs en moins de deux ans, pour atteindre les 2 800 abonnés payants à ce jour. Cette progression, liée pour beaucoup à la mobilisation des sociétaires de la coopérative, reste insufﬁsante, l’objectif visé pour ﬁn 2014 n’a été atteint qu’à ﬁn 2015. Aussi, après un lancement correct en kiosque (entre 3 000 et 3 200 exemplaires vendus pour les premiers numéros) et malgré les campagnes <span style="line-height: 1.5;">d’afﬁchage et de communication accompagnant les sorties, le volume de ventes a régulièrement diminué, jusqu’à 1 500 exemplaires en décembre 2015, imposant de suspendre la diffusion en kiosque en 2016. Le média n’a pas réussi à fédérer assez rapidement les réseaux qui le composent et l’entourent, ni à en atteindre de nouveaux. Comme l’explique Edwy Plenel, dans l’interview qui suit : </span></p>
<blockquote><p><span style="line-height: 1.5;">« Pour imposer un modèle économique et réussir à construire une indépendance, il faut avoir du temps. » </span></p></blockquote>
<p><span style="line-height: 1.5;">Dans ce contexte, et malgré le succès qu’elle a rencontré à l’automne dernier (1 089 contributeurs mobilisés, 62 970 euros collectés), la campagne de ﬁnancement participatif sur Ulule ne pouvait pas compenser l’effondrement des recettes. D’autant que, lancée le 6 octobre 2015, avant que la coopérative ne prenne conscience de la gravité de la situation, elle visait non pas à combler un déﬁcit mais bel et bien à consolider le développement des activités courantes : le soutien à la vente en kiosque, le renforcement du web avec la création d’un espace pour les « globetrotteurs solidaires » et le ﬁnancement de reportages dans les pays du Sud. </span></p>
<h6><span style="line-height: 1.5;">Un média légitime et nécessaire </span></h6>
<p><span style="line-height: 1.5;">La situation est très critique. Néanmoins, les sociétaires, les lectrices et lecteurs, les partenaires, l’équipe de rédaction, tous témoignent de la légitimité et de la nécessité d’avoir un média comme </span><em style="line-height: 1.5;">Altermondes</em><span style="line-height: 1.5;"> en France et dans le monde francophone. La revue est née en mars 2005 de la volonté de cinq associations de contrebalancer le traitement de l’actualité internationale par les médias dits dominants. Trop souvent, le monde y est abordé sous l’angle des grands enjeux géopolitiques et économiques, des intérêts des grandes puissances, de ceux qui ont le pouvoir. Quantité de problématiques, d’analyses et de pays, notamment ceux du Sud ou de l’Est sont souvent négligés, voire ignorés par les médias, qui proposent rarement des sujets sur les dynamiques citoyennes, celles-là même qui construisent un monde plus juste et plus solidaire. </span><em style="line-height: 1.5;">Altermondes</em><span style="line-height: 1.5;"> se distingue parce qu’il s’acharne depuis le début à donner la parole et la plume à celles et ceux qui en sont privés, parce qu’ils vivent à l’autre bout du monde, en raison de leur origine sociale ou de leur appartenance à une minorité, ou simplement parce qu’ils développent une réﬂexion ou des pratiques à contre-courant de la pensée dominante. Onze ans plus tard, en ces temps de repli sur soi, de fermeture au monde, d’érosion démocratique, cette ligne éditoriale est plus que jamais importante. L’information qu’</span><em style="line-height: 1.5;">Altermondes</em><span style="line-height: 1.5;"> diffuse devrait rencontrer un public plus large que celui à qui il s’adresse déjà à travers sa revue, son site web et tous les débats et rencontres. </span><em style="line-height: 1.5;">Altermondes</em><span style="line-height: 1.5;"> est nécessaire aussi parce qu’il est un média pleinement citoyen. D’abord parce que la coopérative qui l’édite est portée par un sociétariat à la diversité unique : 177 sociétaires issus aussi bien d’organisations de la société civile (associations et organisations non gouvernementales, mouvements d’éducation populaire, syndicats…), que de professionnels des médias, de lectrices et de lecteurs, ou encore de soutiens, tous ﬁdèles et convaincus. Citoyen aussi dans sa façon de fabriquer l’information, puisqu’il fait participer professionnels et non-professionnels de l’information à chacune des étapes de la production éditoriale, convaincu que c’est du croisement et de la confrontation des regards, que </span>naît<span style="line-height: 1.5;"> une information différente. Citoyen enﬁn dans ses choix éditoriaux, qui vont à l’encontre du fatalisme et du repli sur soi, dans le but de contribuer à nourrir le débat public, d’ouvrir des espaces de dialogue et d’échange entre les différentes composantes de la société. C’est pour toutes ces raisons qu’<em>Altermondes</em> est un média collaboratif à nul autre pareil, une expérience riche qui ouvre la voie à ce que pourraient être les entreprises de presse de demain, associant professionnels de la profession et citoyens, regroupés ou non en structures ou mouvements. </span></p>
<h6><span style="line-height: 1.5;">Un possible rebond ? </span></h6>
<p><span style="line-height: 1.5;"><em>« Une revue est un pari permanent. Nous voulons lancer le pari de l’expression des dynamiques et des créations citoyennes et solidaires à toutes les échelles du monde »</em>, écrivait Gustave Massiah, directeur de la publication, dans le premier édito de la revue. Dans l’histoire d’<em>Altermondes</em>, les paris se sont succédé, la réinvention a été permanente. Le déﬁ qui se pose aujourd’hui est cependant d’ampleur. Ces derniers mois, les sociétaires se sont mobilisés : une dynamique collective pour repenser le projet a permis de rebâtir un modèle économique, le consolider et l’adosser à des prévisions de développement plus réalistes, même si toujours ambitieuses. Ce travail constitue la base d’un scénario, où la revue papier, remaniée, s’articulerait davantage avec le site web, qui deviendrait partiellement payant, et avec le développement d’activités de coproductions et de formations à l’écriture journalistique. Nous sommes maintenant à la recherche de ﬁnancements pour soutenir notre relance et pérenniser notre média. Nous soumettons notamment ce scénario à de potentiels investisseurs. Nous mettons tout en œuvre pour que l’aventure, qui dure depuis onze ans déjà, grâce à votre implication et votre ﬁdélité, ne s’arrête pas là !</span></p>
<p class="BleuBorder"><span style="line-height: 1.5;">Dans la photo, de gauche à droite : Jihane Habachi, coordinatrice éditoriale du hors-série 10 ans, membre du comité éditorial &#8211; David Eloy, rédacteur en chef &#8211; Andrea Paracchini, responsable des contenus numériques &#8211; Agnès Brulet, responsable marketing et développement.</span></p>
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		<title>Edwy Plenel « Une nouvelle loi fondatrice pour garantir le pluralisme et l&#8217;indépendance »</title>
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		<pubDate>Fri, 20 May 2016 06:00:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[David Eloy]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[A DÉCOUVRIR]]></category>
		<category><![CDATA[PAROLE D'ACTEURS]]></category>
		<category><![CDATA[liberté de la presse]]></category>
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		<description><![CDATA[<p>Huit ans après sa création, et malgré un chemin semé d’embûches, Mediapart représente aujourd’hui le modèle du média citoyen qui a réussi. Solidaire d’Altermondes depuis sa relance en 2014 1, son directeur de publication Edwy Plenel explique ici les diﬃcultés inhérentes à ce type de médias, en pointant notamment les responsabilités de la puissance publique. [&#8230;]</p>
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]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p class="GreyBG">Huit ans après sa création, et malgré un chemin semé d’embûches, <em><a href="https://www.mediapart.fr/" target="_blank">Mediapart</a></em> représente aujourd’hui le modèle du média citoyen qui a réussi. Solidaire d’<em>Altermondes</em> depuis sa relance en 2014 1, son directeur de publication Edwy Plenel explique ici les diﬃcultés inhérentes à ce type de médias, en pointant notamment les responsabilités de la puissance publique.</p>
<h6>La presse est en crise depuis de nombreuses années. Quel regard portez-vous sur les récentes évolutions du monde médiatique français ?</h6>
<p class="rightGreyBG">Edwy Plenel a été l’un des intervenants à la conférence de presse de lancement de la nouvelle formule d’<em>Altermondes</em> et a co-rédigé <a href="/medias-citoyens-reconcilier-medias-et-democratie/">une tribune</a> en faveur des médias citoyens.</p>
<p><strong>Edwy Plenel :</strong> La situation s’est dégradée parce que les pouvoirs publics, qu’il s’agisse de l’exécutif comme du législatif, n’ont pas été au rendez-vous de la rénovation de l’écosystème de l’information. Des propositions sont pourtant sur la table depuis un moment. J’ai, par exemple, participé à la Commission sur les droits et les libertés à l’âge du numérique, créée à l’initiative du député Christian Paul. Elle était composée de 13 parlementaires, toutes tendances confondues, et de 13 représentants de la société civile. J’étais le seul journaliste. En septembre 2015, nous avons rendu un rapport sur la nécessité de poser un cadre global qui garantisse le droit de savoir et la liberté de dire à l’ère du numérique. J’emploie ces expressions plutôt que liberté d’information et liberté d’expression parce qu’elles montrent que les enjeux ne sont pas que les enjeux des professionnels. Le droit de savoir, c’est le droit de connaître ce qui est d’intérêt public. Tout le monde y participe : les citoyens, les lanceurs d’alerte, les journalistes. La liberté de dire rappelle qu’aujourd’hui tous les citoyens peuvent exprimer leurs opinions directement. Ce rapport plaidait pour une grande loi fondatrice, comme le fut la loi de 1881 sur la liberté de la presse. À la place, l’État a bricolé et ne s’est pas attaqué au cœur du problème : le rapport entre le pluralisme, l’indépendance et le pouvoir économique. Aujourd’hui, une dizaine de milliardaires qui n’ont rien à voir avec l’information contrôlent l’ensemble des médias privés, qu’ils laissent travailler tant que les journalistes ne touchent pas à leurs intérêts. Le cas de Vincent Bolloré à la tête de <em>Canal +</em> en est un exemple ﬂagrant : depuis qu’il a censuré un reportage lié à une enquête de Mediapart sur le Crédit mutuel, sa banque, il ne fait que réduire la part de liberté au proﬁt du divertissement et de l’abêtissement.</p>
<h6>Diriez-vous que cette régression fait courir des risques à la démocratie ?</h6>
<p><strong>E.P. :</strong> Tout à fait. Ce qui nous a frappés en 2015 est le résultat d’une catastrophe médiatique. Après le 11 septembre 2001, l’aveuglement idéologique des néoconservateurs américains est devenu un mensonge d’État, transformé en mensonge médiatique, qui a provoqué l’invasion d’un pays souverain, l’Irak, la destruction de son État et sa plongée dans une guerre de religion au cœur de l’islam. Entre 2003 et 2011, sous l’occupation de la coalition américaine, on a recensé au moins 500 000 morts en Irak. De ce désastre a surgi un monstre : Daech. Cette catastrophe a été permise par une forme d’intoxication médiatique, résultant d’un système médiatique en crise, suiviste et conformiste. Il est plus que jamais décisif de remettre au cœur du débat public les informations qui dérangent et pas celles qui arrangent. Il faut que la société se réveille et que les journalistes soient compagnons de ce réveil. Nous, journalistes, nous devons créer une nouvelle alliance avec le public.</p>
<h6>Vous évoquez le « bricolage » du gouvernement. Quel devrait être le rôle de la puissance publique ?</h6>
<p><strong>E.P. :</strong> L’État aurait dû créer des leviers pour permettre le ﬁnancement durable des modèles alternatifs de la presse indépendante, citoyenne, contrôlée par ses équipes et ne dépendant que de ses lecteurs. Là est la vraie question. Car, pour imposer un modèle économique et réussir à construire une indépendance, il faut avoir du temps. Or, le temps, c’est de l’argent pour pouvoir payer des équipes qui font des contenus de qualité. Les pouvoirs publics devraient faire, dans le secteur des médias, ce qui a sauvé le cinéma français : soumettre les fortunes qui se créent à l’heure du numérique à des taxes levées au nom de l’intérêt public pour abonder un fonds d’investissement pour des médias indépendants comme <em>Altermondes</em> ou d’autres. Nombreux sont les médias qui ont compris que le tout gratuit, le tout publicitaire ne marchait pas et qui essaient de développer leurs abonnements. Mais, pour cela, ils ont besoin de se ﬁnancer durablement pour pouvoir tenir trois à cinq ans, jusqu’à ce qu’ils atteignent leur point d’équilibre. C’est le point faible de toutes les expériences de presse, ce qui explique les difﬁcultés de <em>Dijonscope</em>, de <em>Marsactu</em> à Marseille ou du<em> Carré d’info</em> à Toulouse. <em>Mediapart</em> a réussi parce que nous avions anticipé ce risque et levé 6 millions d’euros, ce qui nous a permis de tenir trois ans, le temps d’imposer notre modèle et d’atteindre notre point d’équilibre. Plutôt que de s’engager dans cette voie, le gouvernement a pérennisé un système d’aides publiques très injuste, qui ne proﬁte qu’aux plus importants. Attention ! Il ne s’agit pas de demander à l’État de nous aider, mais de reconnaître que la presse connaît une révolution industrielle, qui est tout à la fois une période d’opportunités et de régressions. Il ne peut donc se contenter de laisser s’accélérer la dégradation de ce qui est au cœur de la vie démocratique : le pluralisme, l’indépendance et l’intégrité de l’information.</p>
<h6>Qu’est-ce qui explique cette fragilité des médias alternatifs ?</h6>
<p><strong>E.P. :</strong> Je l’ai dit : ce secteur est en situation de fragilité, d’abord, parce qu’il n’a pas les moyens de construire son modèle. Par ailleurs, à l’ère du numérique, avoir une ligne éditoriale avec des convictions ne sufﬁt plus à imposer durablement un journal. Nous nous adressons à des citoyens qui disposent déjà de beaucoup d’informations et qui surtout peuvent exprimer eux-mêmes leurs opinions. En créant leurs blogs, en lançant leurs pétitions électroniques, en s’exprimant sur les réseaux sociaux… Pour le dire brutalement, ils peuvent se passer des journalistes pour dire leurs opinions.</p>
<h6>C’est plutôt une bonne nouvelle ?</h6>
<p><strong>E.P. :</strong> C’est une formidable conquête démocratique. Car elle fait tomber de leur piédestal les journalistes qui se comportaient en directeurs de conscience. Nous sommes renvoyés au cœur de notre métier : un journal est d’abord sommé de créer de la ﬁdélité par la qualité de ses informations et de ses investigations. Par exemple, <a href="http://enprofondeur.altermondes.org/burkina-faso-la-danse-du-balai/" target="_blank">Smockey, du Balai citoyen, au Burkina Faso</a>, m’a raconté comment une révélation a eu un effet levier sur la mobilisation qui a conduit à la chute de Blaise Compaoré. Un jeune burkinabè avait trouvé la mort sur une route, parce que sa voiture avait versé dans le fossé. Il n’y avait pas de lumière et les côtés de la route n’étaient pas stabilisés. Une investigation a prouvé que cette route avait été construite sur des fonds européens, qui prévoyaient de ﬁnancer les bas-côtés et l’éclairage. Mais l’argent avait servi à la construction d’une villa pour le président ! Dans la période actuelle, je crois beaucoup à l’effet citoyen de l’enquête. D’autant plus que nous sommes aussi des médias participatifs, nous accueillons ceux qui s’expriment, ceux qui se mobilisent, ceux qui s’engagent… Nous devons leur apporter un plus qui va leur donner du courage.</p>
<h6>Et en attendant que la puissance publique n’intervienne, que faire ?</h6>
<p><strong>E.P. :</strong> Reste à créer des solidarités entre nous, à s’aider, à créer des réseaux, peutêtre même des bouquets de programmes, inciter les lecteurs à s’abonner en bloc aux uns et aux autres, etc. Nous devons aussi continuer à mener des batailles, comme celles que nous avons conduites avec le <a href="https://www.spiil.org/" target="_blank">Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne</a> (Spiil). Si l’ensemble des médias citoyens qui subissent la crise lançaient, dans le cadre de la campagne présidentielle, un manifeste, nul doute que <em>Mediapart</em> soutiendrait cette démarche.</p>

<p>Photo : Edwy Plenel avec Philippe Merlant lors de la conférence de lancement de la nouvelle formule d&rsquo;Altermondes, le 16 septembre 2014. Crédit : Camille Millerand</p>
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		<title>Quelles relations les médias entretiennent-ils avec le monde ?</title>
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		<pubDate>Thu, 19 May 2016 12:30:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[David Eloy]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p>Dix ans se sont écoulés depuis le lancement d’Altermondes, revue qui ambitionnait d’apporter un contrepoint au traitement partial et partiel que donnaient les médias de l’actualité internationale. Beaucoup de chemin a été parcouru, mais le contexte a-t-il réellement changé ? Quelles relations les médias entretiennent-ils avec le monde ? Entretien avec Florence Aubenas, grand reporter au Monde et [&#8230;]</p>
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				<content:encoded><![CDATA[<p class="GreyBG">Dix ans se sont écoulés depuis le lancement d’<em>Altermondes</em>, revue qui ambitionnait d’apporter un contrepoint au traitement partial et partiel que donnaient les médias de l’actualité internationale. Beaucoup de chemin a été parcouru, mais le contexte a-t-il réellement changé ? Quelles relations les médias entretiennent-ils avec le monde ? Entretien avec Florence Aubenas, grand reporter au Monde et Edgar Morin, sociologue.</p>
<h6>David Eloy<strong> :</strong> En 2005, Altermondes est créée sur un constat : les médias parlent toujours des mêmes pays, des mêmes sujets, souvent parce qu’ils sont liés à des enjeux occidentaux. Ce constat est-il toujours valable ?</h6>
<div id="attachment_69036" class="wp-caption alignright"><a href="/wp-content/uploads/2015/10/HS10ans-e1445102106312.png"><img class="wp-image-69036 size-thumbnail" src="/wp-content/uploads/2015/10/HS10ans-107x150.png" alt="Hors série 10 ans d'Altermondes" width="107" height="150" /></a><div class="wp-caption-text">Cet échange est paru dans le <a href="/decouvrez-lhors-serie-collector-10-ans-daltermondes/" target="_blank">hors-série spécial 10 ANS</a> d&rsquo;<em>Altermondes</em></div></div>
<p><strong>Florence Aubenas :</strong> Oui, et je crains qu’il le reste longtemps. Chaque pays regarde le monde à travers des focales<br />
qui peuvent varier selon les périodes. Dans les années 1970, par exemple, il y avait une curiosité pour l’Amérique latine. Aujourd’hui, le continent, tout comme l’Asie, a quasiment disparu des médias. Cet effet de miroir vaut pour les citoyens comme pour les journalistes. Ce serait d’ailleurs un exercice intéressant que de créer une mappemonde qui permettrait de visualiser la couverture du monde faite par un journal pendant un an. Je suis persuadée que des pays entiers disparaîtraient.</p>
<p><strong>Edgar Morin :</strong> Dans les médias français, la part du monde s’est complètement rétrécie. On observe de surcroît<br />
une focalisation sur tout ce qui manifeste un conflit entre le monde occidental et le monde arabo-musulman. Ces constats sont symptomatiques d’un phénomène de rétraction sur soi. C’est déjà une tendance très française que de regarder nos problèmes à la loupe sans regarder ceux des autres, tout comme de penser que l’on est le pays le plus important du monde, mais nous vivons en plus une époque qui n’a pas d’horizon. Aucun avenir ne se dessine. Par peur ou par égoïsme, les gens se retournent vers le passé. Cette régression frappe tous les pays européens et se manifeste par la montée des partis nationalistes et xénophobes. Cela étant dit, si nous cristallisons sur la Syrie, Israël ou la Palestine, c’est de façon totalement unilatérale et superficielle. On se retrouve dans Edgar Morin : Dans les médias français, la part du monde s’est complètement rétrécie. On observe de surcroît une focalisation sur tout ce qui manifeste un conflit entre le monde occidental et le monde arabo-musulman. Ces constats sont symptomatiques d’un phénomène de rétraction sur soi. C’est déjà une tendance très française que de regarder nos problèmes à la loupe sans regarder ceux des autres, tout comme de penser que l’on est le pays le plus important du monde, mais nous vivons en plus une époque qui n’a pas d’horizon. Aucun avenir ne se dessine. Par peur ou par égoïsme, les gens se retournent vers le passé. Cette régression frappe tous les pays européens et se manifeste par la montée des partis nationalistes et xénophobes. Cela étant dit, si nous cristallisons sur la Syrie, Israël ou la Palestine, c’est de façon totalement unilatérale et superficielle. On se retrouve dans des polémiques absolument grotesques.</p>
<p><img class="aligncenter wp-image-89097 size-large" src="/wp-content/uploads/2015/11/DSC77131-1024x682.jpg" alt="Interview croisée pour Altermondes : Florence Aubenas et Edgar Morin" width="1024" height="682" /></p>
<p>Le problème n’est pas de savoir s’il faut virer Bachar el-Assad ou pas. L’urgence est d’arrêter les massacres ! Or, au lieu d’arrêter l’incendie, on continue de l’alimenter. Dans mon adolescence, j’ai déjà vécu une époque d’aveuglement remarquable. On n’a jamais cru qu’Hitler pouvait arriver au pouvoir avec un petit parti aussi bizarre. On n’a jamais cru que la Guerre d’Espagne, dans laquelle la France n’est pas intervenue, annonçait la Seconde guerre mondiale. Et les Accords de Munich auront surtout permis de jeter l’URSS de Staline dans les bras d’Hitler. On est aujourd’hui confronté de nouveau à un aveuglement généralisé, même s’il ne prend pas les mêmes formes. Des forces régressives comme Al-Qaïda et Daesh se sont bien évidemment levées dans le monde musulman. Mais, nous savons aussi qu’elles ont été favorisées par les interventions militaires américaines en Afghanistan et en Irak.</p>
<p><strong>F.A. :</strong> Je partage le point de vue d’Edgar Morin. Le monde se rétrécit. Dans l’histoire, il y a eu des périodes marquées par un appétit, une curiosité pour le monde. Mais, aujourd’hui, nous sommes dans une époque tout à fait inverse.</p>
<p><img class="aligncenter wp-image-89109 size-large" src="/wp-content/uploads/2015/11/DSC7836-1024x682.jpg" alt="Interview croisée pour Altermondes : Florence Aubenas et Edgar Morin" width="1024" height="682" /></p>
<h6>D.E. : Alors, que paradoxalement, le monde est très globalisé…</h6>
<p><strong>F.A. :</strong> Après la chute du mur de Berlin, en 1989, tout le monde a eu l’impression d’une embellie. Les droits de l’Homme ont pris un essor incroyable. Mais 2001 a sonné, pour moi, la fin de cette période. Pour les journalistes, ce tournant a été encore plus spectaculaire. Pendant très longtemps, la carte de presse était notre bouclier. Aujourd’hui, dans de nombreux endroits, nous sommes devenus des cibles. Cette situation a contribué à fermer le monde, à nous fermer le monde. C’est devenu absolument impossible pour un journaliste d’aller en Syrie, que ce soit côté Bachar el-Assad, ou côté rebelle. J’y suis allée l’été 2012, lors des printemps arabes. Les Syriens nous ont sauté dans les bras, notre présence était synonyme de liberté. C’était sidérant. Six mois plus tard, j’y retourne. Les troupes rebelles avaient avancé, la ville d’Alep était à moitié tombée et nous étions déjà des intrus. « <em>L’Occident </em><em>ne fait rien pour nous. Vous laissez Bachar nous bombarder </em><em>avec des barils de gaz !</em> », nous reprochait-on. Aujourd’hui, couvrir la Syrie revient à faire du journalisme en chambre, de la géopolitique au sens le plus abstrait du terme.</p>
<p><strong>E.M. :</strong> Nous sommes dans une époque planétaire dite de mondialisation, où tout est imbriqué. Le sort de l’humanité est inévitablement solidaire. Solidaire en raison de la dégradation de la biosphère, en raison d’une économie non régulée, dominée par la spéculation financière, en raison du déploiement des fanatismes religieux, en raison du déferlement incontrôlé de la technique et de la science. Nous vivons une époque absolument délirante, où l’humanité fait de plus en plus face à des problèmes de vie et de mort, mais où la seule question qui se pose est : l’humanité sera-t-elle capable de comprendre qu’elle vit une communauté de destins ? Sera-t-elle capable de traduire en actes cette volonté de l’affronter ? C’est au moment où nous n’avons jamais été autant mondialisés, citoyens de ce que j’ai appelé la « terre patrie », que le monde en tant que monde a totalement disparu de nos préoccupations ! Il est évidemment présent quand on prépare la Conférence internationale sur le climat, mais le dérèglement climatique n’est qu’un aspect du problème. Il ne s’agit pas seulement de produire de l’énergie propre, mais de transformer l’agriculture industrialisée, de repenser les villes polluées, de recréer de la biodiversité ! Nous sommes encore incapables de penser le global dans son rapport avec le local. Alors que le monde est présent en nous à chaque instant, nous faisons, comme s’il n’existait pas.</p>
<p><img class="aligncenter wp-image-89083 size-large" src="/wp-content/uploads/2015/11/DSC7703-1024x682.jpg" alt="Interview croisée pour Altermondes : Florence Aubenas et Edgar Morin" width="1024" height="682" /></p>
<h6>D.E.<strong> :</strong> Dans cette phase de régression, quelle est la place, la responsabilité des médias et des journalistes ?</h6>
<p><strong>F.A.</strong> : Je vais prendre l’exemple des réfugiés syriens. Dès le début, le débat a été orchestré autour du postulat que<br />
les Français ne voulaient pas les accueillir. Très peu de réfugiés syriens étaient pourtant aux portes de la France.<br />
On était dans ce qui est le pire de notre époque : une abstraction. Des gens que l’on voit à la télé, dont on ne veut pas, sans même chercher à savoir pourquoi ils sont partis, ce qu’ils viennent faire ici… Lorsque les Syriens sont arrivés en Europe, on leur a demandé où ils voulaient aller et voilà qu’ils ont répondu qu’ils ne voulaient pas venir en France ! Ce qui n’a pas empêché <em>L’Express</em> de titrer : « <em>Pourquoi les Français n’en veulent pas ?</em> ». C’est une façon de faire effroyable des médias, qui essaient de détourner le débat des véritables enjeux. Mais là où l’affaire devient très intéressante, c’est que ces réfugiés ont eu un effet miroir, ils nous ont renvoyé notre propre image. Des petites brèches sont alors apparues dans un débat jusqu’alors monolithique. Les Français se sont dits : «<em> Les réfugiés sont arrivés en Allemagne et se sont installés dans des familles. Qu’est-ce que je fais s’ils viennent en France ? Est-ce que j’apporte une couverture ? Est-ce que j’en accueille dans ma famille ? Et si, tout d’un coup, comme sur l’île de Lesbos, il y a cinquante personnes dans mon jardin qui me demandent du </em><em>pain. Est-ce que je leur en donne ?</em> » Un problème abstrait est devenu concret. Pour la première fois, j’ai vu des gens transformer un problème global en « leur » problème. Ce débat a vraiment lieu et il peut être encouragé.</p>
<h6>Philippe Merlant : Edgar Morin, que pensez-vous du rôle des médias dans ce rétrécissement du monde ?</h6>
<p><strong>E.M. :</strong> Les médias vivent le même somnambulisme que les autres membres des élites qui nous gouvernent. Ils<br />
sont de plus en plus voués au sensationnel ou au pseudo-sensationnel. Et, de même que la presse régionale est<br />
centrée sur sa province, la presse nationale devient une presse « provincialo-nationale ». Elle est centrée sur la<br />
nation par une tendance qui tient à l’esprit du temps. Pourquoi peut-on parler de régression ? Parce qu’il y a eu une désintégration de la pensée politique, surtout celle de gauche, une désintégration de l’espoir dans un monde meilleur qui fait qu’on se replie dans le passé. Ce qui me frappe beaucoup, c’est le processus historique : l’esprit de Vichy revient sans avoir eu besoin d’un désastre militaire et d’une occupation allemande. Il ressuscite grâce au contexte de crise, de peur, de fermeture et de manque d’informations. Heureusement, une partie de la jeunesse voyage et s’ouvre aux autres. Pour réagir, il faut repartir à zéro. Il existe beaucoup d’initiatives porteuses d’avenir mais elles sont encore dispersées et n’ont pas pris forme historique. Une chose m’a frappé, lorsque je suis allé au Village Alternatiba de Paris, le 26 septembre dernier. Il y avait une foule énorme, un ensemble de forces vives qui se manifestent dans la société, mais pas un seul « grand » média.</p>
<p><img class="aligncenter wp-image-89086 size-large" src="/wp-content/uploads/2015/11/DSC7779-1024x682.jpg" alt="Interview croisée pour Altermondes : Florence Aubenas et Edgar Morin" width="1024" height="682" /></p>
<h6>P.M. : Florence Aubenas, il y a quinze ans, <a href="http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-La_fabrication_de_l_information-9782707153722.html" target="_blank">vous écriviez</a> avec le philosophe Miguel Benasayag : « La presse ne vit pas tant dans la pensée unique que dans un monde unique où tout le monde s’accorde à juger tel événement digne d’intérêt et tel autre négligeable. ». Diriez-vous que « ce monde unique » des médias s’est encore rétréci ?</h6>
<p><strong>F.A. :</strong> Cette affirmation reste vraie dans les médias traditionnels. La différence, c’est Internet : de plus en plus de<br />
personnes s’informent par ce biais. On n’a plus un monde commun où chacun partage, mais des petits mondes,<br />
très cloisonnés, qui se côtoient. Dans la recherche de l’information, la société s’auto-organise en fonction des centres d’intérêt. Chaque question, chaque pays a son petit monde, son cercle où trouver de l’information. Ce qui pose un vrai problème aux grands médias, notamment papier. Est-ce qu’à l’avenir on va continuer à recueillir des informations, les sélectionner, les hiérarchiser, bref, ce qui est le travail de base d’un média, ou va-t-on se contenter d’un site sur lequel chaque lecteur zigzague en fonction de ses intérêts ? Peu de choses vous poussent aujourd’hui à vous intéresser à ce qui n’est pas directement dans votre champ de vision. Quand, dans un quotidien, on titre trois jours de suite sur l’Indonésie, vous finissez par vous demander ce qui se passe dans ce pays. Si vous vous informez uniquement via les sites liés à vos centres d’intérêt, à aucun moment vous ne vous poserez cette question.</p>
<p>Les journalistes n’assument pas assez leur rôle de passeur, ne prennent pas suffisamment les lecteurs par la main<br />
pour les emmener vers des questions, des sujets qui ne les intéressent pas de prime abord. Il faut dire aussi que<br />
les journalistes se heurtent à l’obsession du clic et de la médiamétrie. Les gens ont cliqué sur tel article, donc il faut écrire sur tel sujet. C’est idiot. Enfin, il y a un point très problématique : la grande presse aime parler des<br />
institutions. J’ai ainsi été envoyée à Cuba parce que le Pape s’y rendait. Ce qui fait que la société civile reste dans<br />
l’ombre. Pourtant, on serait furieux si un journaliste iranien montrait la France en la résumant à François Hollande. Nous, journalistes, nous avons du mal à refléter la vie quotidienne des sociétés que l’on traverse.</p>
<p><img class="aligncenter wp-image-89087 size-large" src="/wp-content/uploads/2015/11/DSC7825-1024x682.jpg" alt="Interview croisée pour Altermondes : Florence Aubenas et Edgar Morin" width="1024" height="682" /></p>
<h6>D.E. : Altermondes naît en 2005. Le mouvement altermondialiste est alors en plein essor. Les analyses qu’ils portaient se sont depuis avérées valides. Pourtant, les choses ont peu bougé. Y a-t-il encore des raisons d’espérer ?</h6>
<p><strong>E.M. :</strong> C’est dans la société civile que l’on trouve les ultimes raisons d’espérer. Il s’y exprime une extraordinaire vitalité à travers les mouvements engagés dans l’économie sociale et solidaire, l’économie circulaire, l’éducation populaire, le convivialisme… Une multitude d’initiatives créatrices, un peu partout, mais qui sont ignorées des partis politiques et des administrations. Il faudrait que ces initiatives se fédèrent pour constituer une première force. Nous sommes dans une époque où de plus en plus dominent le calcul, l’intérêt, le profit, la finance et l’anonymat. Nous voulons une civilisation où, au contraire, se développent la convivialité, l’amitié, la solidarité, les relations personnelles. Nous rassembler est donc le premier objectif. Ensuite, élaborer une pensée qui nous permette de changer de voie, de sortir de celle qui conduit notre monde à la catastrophe. De nouvelles poussées d’humanisme, de civilisation pourraient en émerger. Nous n’en sommes qu’au stade préliminaire, il faut d’abord prêcher contre le sens dominant des événements, contre le probable. Il faut se battre pour l’improbable. Cela me fait penser à une anecdote.</p>
<p>En 1960, Che Guevara demande à Fidel Castro : « <em>Quand les États-Unis reconnaîtront-ils Cuba ?</em> » Et Fidel lui répond : « <em>Quand le président des États-Unis sera noir et le Pape argentin </em>». Ce qui me fait espérer, c’est l’inattendu.</p>
<p><img class="aligncenter wp-image-89090 size-large" src="/wp-content/uploads/2015/11/DSC7822-1024x682.jpg" alt="Interview croisée pour Altermondes : Florence Aubenas et Edgar Morin" width="1024" height="682" /></p>
<h6>P.M. : Depuis 2014, Altermondes est éditée par une coopérative qui intègre des membres de la société civile. Qu’en pensez-vous ?</h6>
<p><strong>F.A. :</strong> Dans la presse, tout le monde tâtonne pour trouver de nouveaux modèles. Cette inventivité est formidable.<br />
Je suis curieuse de savoir comment vous y êtes parvenus, ce que ce modèle vous permet de faire et de ne pas faire. Cette époque, si dure, est aussi grisante car elle nous contraint à inventer.</p>
<p><strong>E.M. :</strong> Il faut un entêtement formidable pour que les projets qui semblent peu possibles réussissent. C’est la<br />
fameuse formule de Mark Twain : « <em>Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors, ils l’ont fait.</em> »</p>
<p><img class="aligncenter wp-image-89093 size-large" src="/wp-content/uploads/2015/11/DSC7872-1024x682.jpg" alt="Interview croisée pour Altermondes : Florence Aubenas et Edgar Morin" width="1024" height="682" /></p>
<p><strong>Photographies de Elodie Perriot</strong></p>
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		<title>AVORTEMENT : AVOIR LE CHOIX N&#8217;EST PAS UN CRIME</title>
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		<pubDate>Mon, 16 May 2016 15:00:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Rédaction]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[MAGAZINE ALTERMONDES]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>Un tour du monde de l’actualité ainsi qu’un dossier de 16 pages sur le thème « Droit à l’avortement et à la contraception – Avoir le choix n’est pas un crime ». En 1975, la Loi Veil a ouvert le droit des femmes à la maîtrise de leur corps et de leur sexualité. Quarante ans [&#8230;]</p>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Un tour du monde de l’actualité ainsi qu’un dossier de 16 pages sur le thème « Droit à l’avortement et à la contraception – Avoir le choix n’est pas un crime ». En 1975, la Loi Veil a ouvert le droit des femmes à la maîtrise de leur corps et de leur sexualité. Quarante ans plus tard, dans beaucoup de sociétés, au Nord comme au Sud, le droit à l’avortement et dans une moindre mesure celui à la contraception apparaissent toujours comme des lignes rouges. Quel état des lieux de ces droits à l’échelle de la planète ? Comment expliquer cette situation ? Comment les sociétés civiles se mobilisent pour faire en sorte qu’avoir le choix ne soit pas un crime ?<u></u><u></u></p>
<p>Dossier construit en partenariat avec <a href="http://www.amnesty.fr/" target="_blank">Amnesty International France</a>, <a href="http://www.equipop.org/" target="_blank">Équilibres &amp; Populations</a>, la <a href="https://www.fidh.org/fr/" target="_blank">FIDH</a>, <a href="http://www.genreenaction.net/" target="_blank">Genre en action</a>, <a href="http://www.medecinsdumonde.org/" target="_blank">Médecins du Monde</a> et le <a href="http://www.planning-familial.org/" target="_blank">Planning familial</a>.</p>
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		<title>Tout s’accélère</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Apr 2016 09:50:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Rédaction]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[CHRONIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[cinema]]></category>
		<category><![CDATA[crise économique]]></category>
		<category><![CDATA[crise financière]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>Dans Tout s&#8217;accelère, Gilles Vernet, ancien trader devenu instituteur, s’appuie sur les paroles de ses élèves de CM2 pour questionner ce temps qui échappe à notre contrôle, générant de l’insatisfaction permanente et de la souffrance.  Et pose finalement cette question : jusqu’où irons-nous ? Quelles seront nos limites, et en aurons-nous seulement ? L’accélération du temps, [&#8230;]</p>
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				<content:encoded><![CDATA[<p class="GreyBG">Dans <em>Tout s&rsquo;accelère</em>, Gilles Vernet, ancien <em>trader</em> devenu instituteur, s’appuie sur les paroles de ses élèves de CM2 pour questionner ce temps qui échappe à notre contrôle, générant de l’insatisfaction permanente et de la souffrance.  Et pose finalement cette question : jusqu’où irons-nous ? Quelles seront nos limites, et en aurons-nous seulement ?</p>
<div id="attachment_146610" class="wp-caption alignleft"><a href="https://www.youtube.com/watch?v=hTbWUZVOI6o"><img class="wp-image-146610 size-medium" src="/wp-content/uploads/2016/04/toutsaccelere-224x300.jpg" alt="Tout s’accélère (affiche)" width="224" height="300" /></a><div class="wp-caption-text"><em>Tout s&rsquo;accélère</em> de Gilles Vernet 82’ Production : Clairière production Distribution : Kamea Meah Films<br />En salle le 20 avril 2016</div></div>
<p>L’accélération du temps, sa pression constante, Gilles Vernet les connaît bien. Trader dans les années 1990, il a vécu au rythme effréné de la spéculation financière, jusqu’à ce que sa mère tombe gravement malade et qu’il prenne alors conscience du vide d’une existence passée à courir derrière le temps et l’argent. Devenu instituteur, il prend le contre-pied de sa vie passée en se donnant le temps d’écouter, d’observer, de s’enrichir autrement, au contact notamment de ses élèves dont la justesse des réflexions l’impressionne. Après avoir lu <em><a href="http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Acc__l__ration-9782707154828.html" target="_blank">Accélération</a></em>, ouvrage dans lequel le sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa décrypte le rapport au temps des sociétés occidentales, lui vient l’idée d’un documentaire qui s’appuierait sur les paroles de ses élèves pour questionner ce temps qui échappe à notre contrôle, générant de l’insatisfaction permanente et de la souffrance. Au fil de journées consacrées à parler et penser ensemble, les élèves de Gilles Vernet cernent les tenants et les aboutissants (économiques, technologiques, écologiques, sociaux) de cette accélération à laquelle nous sommes soumis et qui conditionne tous les aspects de nos vies : la pression du travail, le désir d’avoir plus, la griserie de la vitesse et du progrès, la volonté de tout mener et réussir de front… Développant leurs réflexions, ils mettent le doigt sur l’épuisement qui nous guette : le nôtre et celui des ressources naturelles. Muni des paroles lucides et percutantes de sa classe de CM2, le réalisateur recueille ensuite les réactions et l’éclairage de cinq personnalités de différents horizons, qui révèlent les peurs que nous nous efforçons de maintenir à distance dans cette course sans but : l’échec, le manque, l’ennui, la mort. Tout s’accélère entremêle les paroles des enfants et des adultes, dont la pertinence est équitablement partagée, pour dresser le saisissant tableau d’une civilisation malade de ses excès. Le film pose finalement cette question : jusqu’où irons-nous ? Quelles seront nos limites, et en aurons-nous seulement ? Le réalisateur, bien sûr, n’y répond pas. Mais son documentaire, dont la forme très soignée épouse visuellement le propos, invite à réfléchir et à modifier le prisme à travers lequel considérer nos vies. Porté par une foi inébranlable dans les enfants, il fait le pari de leur capacité à maintenir éveillée leur conscience pour construire un avenir plus apaisé.</p>
<p><iframe src="https://www.youtube.com/embed/hTbWUZVOI6o" width="640" height="360" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>

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