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Le viol de masse, arme de guerre

PAR Anne-Lucie Acar - Altermondes 1er septembre 2008


La prolifération des armes favorise le développement d’autres formes de violence. En ex-Yougoslavie, le viol comme arme de guerre (1) fut une réalité pour des dizaines de milliers de femmes. L’association Medica Zenica leur est venue en aide (2). Longtemps impliquée à ses côtés, A.B. témoigne.


La pratique des viols systématiques a été particulièrement manifeste durant le conflit en Bosnie Herzégovine. Quelles sont les conséquences de ce type spécifique de violence ?
A.B. : Elles sont nombreuses, et désastreuses, tant pour la femme qui a été violée que pour sa famille et son entourage. Bien évidemment le rapport des femmes à leur sexualité change, entraînant des conflits avec le mari éventuel. Les enfants nés de ces viols peuvent être rejetés par leur mère, ou, en grandissant, être en totale quête de leur identité… La famille toute entière est bouleversée, d’autant plus que ces viols perpétrés en masse contribuent à instaurer un climat de peur au quotidien. Le viol peut avoir comme objectif la destruction d’une ethnie. Il a bien sa place dans un processus génocidaire. Quel meilleur moyen de déstabiliser voire détruire une communauté que d’attaquer la famille, première structure dans la société ?

Avec l’association Medica Zenica, vous avez travaillé aux côtés de ces femmes et de leurs enfants. Comment aider les victimes à se reconstruire ?
A.B. : La première chose à faire est de déculpabiliser les femmes victimes de ces pratiques : « vous n’êtes pas responsables de ce qui s’est passé ». Il y a évidemment un premier niveau d’aide, individuel, avant d’envisager thérapies de groupes et thérapies familiales. Enfin, et c’est très important, nous insistons sur la nécessité de sensibiliser la société sur ce type de violences. En ce sens, une fatwa des autorités islamiques de Bosnie avait beaucoup aidé ; d’emblée, ils avaient officialisé une position claire : « ces femmes ne doivent pas être rejetées, elles sont des martyrs et non des coupables ». Quoi qu’il en soit, il est primordial de penser à long terme car bien souvent, les victimes peinent à retrouver une existence normale, à retourner travailler. En dehors d’un soutien psychologique, elles ont donc besoin d’un soutien financier. Il existe une loi sur ce sujet mais malheureusement la situation économique en Bosnie est telle que les pensions destinées aux victimes de viols durant la guerre sont loin d’être une réalité.

Que faudrait-il faire selon vous pour éviter que ce type de violence ne devienne systématique ?
A.B. : Le viol est une arme en effet, mais pas une arme classique : on ne peut pas en diminuer la fabrication ou la distribution. Mais on peut augmenter la nature de la peine encourue par les coupables. Par ailleurs, les missions pour la paix, même si elles doivent rester impartiales, devraient être habilitées à signaler l’existence des lieux où le viol de masse est perpétré et les évacuer. La Convention internationale sur les Droits de l’enfant, qui stipule que l’on doit recevoir protection jusqu’à ses 18 ans, devrait enfin être davantage respectée. Certaines victimes avaient à peine huit ans quand elles/ils ont été violé(e)s.

(1) Les Nations unies considèrent que le viol et toute autre forme de violence sexuelle peuvent constituer « un crime de guerre, un crime contre l’humanité ou un élément constitutif du crime de génocide ». La résolution 1820 rend ces crimes imprescriptibles au regard du droit international.
(2) Aujourd’hui, la paix est revenue, Medica Zenica continue d’aider les femmes victimes de violences.




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