Edito
La guerre de Troie n’aura pas lieu
PAR David Eloy - Altermondes
Petit cours de mythologie grecque. Cassandre est la plus belle des filles de Priam. Aimée d’Apollon, elle est douée du don de prophétie. Mais, lorsqu’elle repousse le Dieu Soleil, elle est condamnée à ne jamais être crue. C’est ainsi qu’elle prédit, en vain, la guerre de Troie et ses funestes conséquences. Les ONG sont les héritières de Cassandre. Elles ont très souvent tenté de prévenir les Etats et l’opinion publique des conséquences inéluctables d’un modèle de développement obsédé par la croissance infinie et la surconsommation, d’alerter des dangers d’instrumentaliser la question de l’immigration et de l’identité à des fins électoralistes. En vain. Tout au moins jusqu’à ce que la réalité s’impose.
Alors, pour ce dernier numéro de l’année 2009, nous aurions pu continuer à prédire. L’échec de la Conférence de Copenhague - dont les politiques et les médias ne manqueront pas de souligner à quel point le pire aura été évité – ou encore le maintien d’un modèle économique – business as usual – qui encourage les ménages à se ruer dans les supermarchés pour offrir à leurs enfants ces jouets si « chèrement » produits par des ouvrières chinoises. Mais une fois n’est pas coutume, Cassandre a décidé de voir le verre à moitié plein, quitte à se tromper.
Et si, en 2010, la communauté internationale emboîtait le pas à Gordon Brown – oui, oui, le Premier ministre britannique – qui lors de la réunion des ministres des Finances du G20, en novembre dernier, a soutenu l’idée d’une taxe sur les transactions financières ? Et si les promesses de la junte birmane de libérer Aung San Suu Kyi afin qu’elle puisse organiser son parti pour les prochaines élections étaient tenues ? Et si, en cette année européenne de lutte contre la misère, les Etats, les entreprises, les banques prenaient enfin la mesure de leur responsabilité ? Arrêtons là ! Cassandre s’emballe…
Mais après tout. Il y a vingt ans, qui aurait prédit que Nelson Mandela serait libéré et deviendrait le premier président noir d’Afrique du Sud ? Qui aurait prédit qu’une convention internationale sur les droits de l’enfant – dont on célèbre dans ce numéro l’anniversaire – verrait le jour, permettant de réelles améliorations pour les enfants du monde ? Alors, ne boudons pas notre plaisir : La guerre de Troie n’aura pas lieu ! Et souhaitons tous nos vœux à la planète pour la décennie qui s’ouvre.